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Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes. Titulaire d’un Bachelor en Communication, Marketing et Relations publiques, elle a commencé sa carrière dans le monde des agences publicitaires comme indépendante, puis a successivement occupé les postes de Directrice de création et de Directrice des stratégies digitales en Suisse romande, avant d’ouvrir sa propre agence en gestion de marques et branding, Blackswan et alineisoz.ch, un service d'accompagnement à la transformation digitale des RH, notamment. 

Nominée en 2015 pour le prix de la « Femme digitale de l’année » au Meilleur du Web, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris en mars 2016 ; elle consacre depuis une série de portraits aux femmes suisses du numérique dans Le Temps, après avoir tenu pendant 5 ans une chronique dans le magazine Bilan.

Membre de l’ACAD, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant qu’experte. 

En 2016, elle est devenue membre du comité du Cercle suisse des administratrices, membre d’une commission pour Vigiswiss et a rejoint le conseil consultatif de la société aequivalent, de même que le conseil d’administration de la société Globaz SA.

De nationalité suisse, Aline Isoz parle français, allemand et anglais et elle a suivi des formations sur le Business Model Canvas Generation, sur l’intelligence économique et la veille stratégique, ainsi que sur les ressources humaines. 

jeudi 28 juin 2012

Le sens de l'injustice

Eté 1990, j'ai 15 ans. Pour la première fois, je suis avec enthousiasme une compétition sportive en famille, via mon petit écran. L'Italie organise son Mondial de foot, portée par les voix éraillées de Gianna Nannini et Edoardo Bennato, un mariage qui fleure bon les vacances, le soleil, et les Italiens.


Elle commence bien, cette édition: un Cameroun intrépide affronte l'Argentine championne du monde en titre, menée par un certain Diego Maradona. Entre les sifflets d'un public milanais qui n'a pas oublié qu'El Pibe de Oro avait offert ses plus belles heures à l'ennemi juré napolitain, et la gouaille des Lions d'Afrique, je découvrais qu'à 9 contre 11, au foot, David pouvait tenir Goliath en échec, et que je pouvais trembler pour des types dont je n'avais jamais entendu parler auparavant.

Et puis, 1990 marque aussi la révélation d'un Italien du Sud pure souche, celui-là: Totò Schillaci, un sélectionné par défaut qui deviendra le meilleur buteur de la compétition, le premier chauve précoce à faire vibrer les stades et les téléviseurs de la planète.

Pays du football s'il en est, l'Italie porte son équipe jusqu'en demie-finale de "son" mondial, même si, puisque celle-ci se déroule à Naples, l'on peine à comprendre la loyauté des Napolitains qui encouragent Diego presque davantage que leur propre clan dans ce match quasi fratricide.

En ce 3 juillet, à Naples, le football prend toute sa dimension dramatique et cruelle, résumée en un seul match: Totò le Héros offre le premier but de la rencontre à la Squadra à la 17ème minute, et l'on imagine que "ça y est, l'Italie va s'envoler vers la finale de ce mondial", espoir déçu à la 67ème, avec l'égalisation de l'Argentine.

Coeur battant, on se dirige donc vers l'épreuve des tirs au but, dernier recours pour départager l'Argentine championne du monde et son Maradona de génie, et l'Italie jouant à domicile transcendée par Totò le catalyseur d'espoir. Las, l'Italie maudite dans cet exercice échoue aux portes de la finale, emportant avec elle les rêves de toute une Nation, et mes premières illusions footballistiques. A la fin, comme souvent, l'Allemagne l'emporte.

Vous me direz, en 94, elle est bien arrivée en finale, et aux USA (un peu sa deuxième patrie, finalement), l'équipe alors flamboyante du talent d'un Roberto Baggio, de l'expérience d'un Baresi... Oui, mais ce dernier match qui lui consacre le Brésil pour adversaire voit se répéter le scénario tragique de la précédente édition: les tirs au but. Pas encore complètement remise des émotions de 1990, j'étais alors sur mon canapé, retrouvant la foi en une instance supérieure que je priai d'offrir la victoire à mon équipe fétiche. Mais le Dieu du foot devait être occupé ailleurs, en ce 17 juillet. Roberto, blessé, prenait son élan pour sceller le sort de l'Italie après deux échecs face au gardien argentin signés Baresi et Massaro.

Baggio, porteur de toutes les attentes, talentueux, pièce maîtresse de son équipe, charismatique, Baggio que même les non Italiens s'étaient un peu approprié, puisque finalement, Baggio c'était l'Italie, l'Italie, l'Europe, donc nous, et en face le Brésil, l'Amérique du Sud, donc eux. Baggio s'avançant, tirant... au-dessus de la cage. Un ballon comme appelé par les airs pour punir tous ceux qui avaient prié en vain, croyants d'un jour. Baggio, notre archange aux cheveux longs, incrédule, libéré du poids de sa mission, homme seul face à son destin alors que des millions d'humains le soutenaient. La solitude de l'échec d'un côté, le partage de la victoire en simultané jaune et vert de l'autre. Et cette voix annonçant "Il campionato del mondo è finito".

L'histoire pourrait s'arrêter là, et ça ferait un belle légende, triste, mais belle. Pourtant, la magie du football, c'est que tous les deux ou quatre ans, on retrouve la plupart des équipes qui nous tiennent à coeur ou que nous détestons, pour des raisons personnelles ou historiques. En 2006, je n'étais pas vraiment pour l'Italie et j'ai mis du temps à pardonner, que voulez-vous, on ne se refait pas! Cependant, nous sommes à l'aube d'une demie-finale opposant Italie et Allemagne, une Italie qui joue bien, une Italie qui s'est qualifiée aux tirs au but pour cette demie-finale. Eh oui, le mauvais sort à une fin. Ce soir, je serai pour l'Italie. Parce qu'elle le mérite. Et si cela doit se terminer aux tirs au but, je prierai, comme il y a 22 ans, comme il y a 18 ans. Et j'espère que cette fois, quelqu'un m'entendra...

lundi 25 juin 2012

De la beauté du football

A défaut de Journées Mondiales, on mangera donc de l'affabulatrice... Parce qu'il faut bien que la plume exulte et que se déversent les mots en tous genres.

Je dois avouer que pour une fois, je n'étais pas rivée devant mon petit écran à l'occasion de cette euro 2012, peut-être trop à l'Est géographiquement, peut-être trop à l'Ouest contextuellement. Dans une Europe en berne qui oscille entre bouleversement des rapports de force politiques et fracture économique, le ballon rond peinait à cristalliser mon intérêt déjà fort sollicité par les maux de ce monde (et la gestion du quotidien)...

Bien sûr, me parvenaient ça et là les victoires et déboires des uns et des autres, mis en perspective avec leur situation économique, rendant le jeu tout à coup bien plus stigmatisant, transformant les joueurs en porte-drapeaux non plus des valeurs de leur nation, mais de sa valeur tout court. Pour faire preuve d'emphase: sur le grand échiquier des stratégies de croissance ou d'austérité de leur pays, les 16 équipes engagées devenaient des pions illustrant la pertinence d'un choix à l'égard de l'autre, selon leur score après 90 minutes... de football.

Ainsi, la rencontre Allemagne-Grèce s'est-elle transformée en combat entre la réussite économique germanique et des Héllènes pointés du doigt, "cancres" d'un système qui ne pardonne rien et vous poursuit jusque dans les 16 mètres. L'équipe de France, quant à elle, portait les espoirs d'un peuple pour qui le changement, ça devait être maintenant, pas demain, ni après-demain, et dont la capacité à accorder du temps au temps pour les chantiers d'envergure semble être parfaitement illustrée par une 1ère Dame qui n'en est pas une et qui tweete plus vite que son ombre de mari.

Difficile donc de se laisser séduire par des matchs dont les enjeux relèvent davantage de la démonstration de puissance d'une politique sur une autre que de la passion, du plaisir, du jeu... et d'une pointe de chauvinisme exacerbé. (Merci aux médias, qui ont réussi à dépolitiser la politique pour la transformer en rubrique "Mode & People" tandis qu'ils politisaient le foot pour remplir leurs éditos.)

Heureusement, hier, le foot est redevenu foot, juste du foot, rien que du foot. L'Italie rencontrait l'Angleterre, l'équipe européenne la plus étoilée du ballon rond rencontrait la nation qui a inventé la discipline. 90 minutes pendant lesquelles les joueurs ont fait oublié les frasques de leurs dirigeants respectifs, leurs problèmes économiques, les nôtres, l'Europe, les plans d'austérité, le G20, etc. Hier, le gazon a repris ses droits.

Et parce que, parfois, les bonnes choses durent un peu, on a eu droit à du rab, avec des prolongations marquées par la fatigue, mais aussi l'envie, l'esprit d'équipe. Hélas, à la fin d'un quart de finale, il faut un gagnant et un seul, et les deux équipes, réputées malchanceuses - pour ne pas dire plus - aux tirs au but, ont scellé leur destin dans un face-à-face homme/gardien qui a finalement vu l'Italie vaincre. Et c'était mérité. Footballistiquement.

Comme quoi, le foot, quand c'est bien fait, c'est avant tout du foot: 22 types, 2 stratégies, un ballon, un vainqueur et un perdant... jusqu'au prochain match. Quant à ceux qui aimeraient instrumentaliser ce sport populaire au moyen d'arguments populistes, avant de critiquer ceux qui ne font pas leur job sur un terrain, qu'ils fassent donc le leur, ça nous changera. Et moi, je pourrai de nouveau regarder l'euro pour ce que c'est: une magnifique compétition sportive qui me donne la chair de poule parfois, me fait hurler contre l'arbitre et me permet de déterminer (enfin) la nationalité de ces voisins d'immeuble que je connais si peu.