Ego trip

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Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes. Titulaire d’un Bachelor en Communication, Marketing et Relations publiques, elle a commencé sa carrière dans le monde des agences publicitaires comme indépendante, puis a successivement occupé les postes de Directrice de création et de Directrice des stratégies digitales en Suisse romande, avant d’ouvrir sa propre agence en gestion de marques et branding, Blackswan et alineisoz.ch, un service d'accompagnement à la transformation digitale des RH, notamment. 

Nominée en 2015 pour le prix de la « Femme digitale de l’année » au Meilleur du Web, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris en mars 2016 ; elle consacre depuis une série de portraits aux femmes suisses du numérique dans Le Temps, après avoir tenu pendant 5 ans une chronique dans le magazine Bilan.

Membre de l’ACAD, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant qu’experte. 

En 2016, elle est devenue membre du comité du Cercle suisse des administratrices, membre d’une commission pour Vigiswiss et a rejoint le conseil consultatif de la société aequivalent, de même que le conseil d’administration de la société Globaz SA.

De nationalité suisse, Aline Isoz parle français, allemand et anglais et elle a suivi des formations sur le Business Model Canvas Generation, sur l’intelligence économique et la veille stratégique, ainsi que sur les ressources humaines. 

jeudi 8 mai 2014

Seven

Cela fait maintenant 7 jours que tu es sortie de ma vie. 7 jours, soit 168 heures. Pourtant, j'ai l'impression que c'était hier. Notre première rencontre, il y a plus de 20 ans, à l'abri des regards. Mes lèvres sur toi, maladroites d'abord, puis de plus en plus assurée au fil des moments passés ensemble. Mes mains tremblantes quand j'avais peur de ne pas te voir, de ne pas t'avoir.

Puis, nos sorties ensemble, au grand jour. Notre coming-out, une façon de m'affirmer et de défendre qui j'étais. Et toujours, toi, à mes côtés, pour me rassurer par ton odeur, m'éclairer par ta présence, m'aider à vaincre ma solitude. Toi, toujours présente, dans les bons comme dans les mauvais moments... Est-ce parce qu'il y a eu de plus en plus de mauvais moments que j'ai eu de plus en plus besoin de toi? Toujours est-il que, quelle que soit l'heure, quel que soit l'endroit, je pouvais toujours compter sur toi pour m'accompagner, me donner une contenance qui me manquait bien souvent...

Une fois, par le passé, j'ai essayé de te quitter. Déjà...  J'avais choisi une vie rangée, et tu n'allais pas avec cette vie-là: les enfants, la Vie "normale", la société, autant d'univers d'où tu étais rejetée et qui ne me laissaient pas d'autres choix que d'envisager mon existence sans toi. Et j'ai tenu. 3 ans. Et puis, finalement, les enfants, la Vie "normale", la société, ont cessé d'avoir pour moi une connotation idéalisée et je t'ai retrouvée. Tu étais là. Tu m'avais attendue. Tu n'as fait aucune remarque: tu es revenue dans ma vie, tu as embrasé mes lèvres, comme par le passé.

Malgré tout, malgré ton absence de reproches, malgré ta fidélité à toute épreuve, malgré le fait que tu n'aies jamais rien attendu de moi en retour, je me suis toujours sentie otage de toi, de ton odeur, de ta lumière. Je peux bien te l'avouer, maintenant: tu m'excitais. Je m'en rends d'autant plus compte que, depuis que tu es partie, j'ai le sentiment d'une immense fatigue. Immense, mais mienne. Donc réelle. Alors que toi, tu m'empêchais de ressentir mes limites, tout en me limitant insidieusement sur tant d'autres plans: ma santé, mes sorties, mes dépenses... Car oui, tu m'as coûté cher. De plus en plus cher.

Avec les années, tu m'as finalement fait payer le prix fort de mes infidélités: à chaque fois, te reconquérir était plus impliquant, plus dangereux pour moi, pour mes proches. A la place du week-end que j'aurais pu passer à découvrir une ville, à faire de nouvelles rencontres, tu engloutissais mon budget sans avoir, au final, rien apporté de neuf avec toi. A part, peut-être, une haine grandissante à ton égard...

Et puis voilà: il y a une semaine, je t'ai laissée tomber. Sans te prévenir, histoire de ne pas te laisser la possibilité de me faire changer d'avais. Toi qui me tenais pour acquise à jamais, te voilà maintenant quittée à nouveau. Oh, je te croise: dans la main d'un autre ou d'une autre, dans un bar, rarement, dans la rue, souvent, mais je te regarde avec compassion, voire avec pitié. Non, tu ne m'excites plus, ni ton odeur, ni ta lumière. Je t'ai remplacée par une autre, une qui fait plus de bruit, tout autant de fumée, mais sans feu. Une qui ne veut pas ma mort. Une qui change de parfum selon mon humeur. Une qui me permettra de voir grandir ma descendance.

Ma chère clope, ainsi s'achève ma missive: je te laisse avec tes images de dents gangrénées, de foetus trop petits et tes milliers de trachéotomie sur la conscience. Quant à moi, je vais enfiler mes godasses de running, reprendre mon souffle et tenter de récupérer les années que tu étais prête à m'épargner. Ce n'est pas tant vieillir qui m'intéresse, que m'assurer que tu resteras à distance de mes enfants. Et ça, crois-moi, ça maintient...