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Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes. Titulaire d’un Bachelor en Communication, Marketing et Relations publiques, elle a commencé sa carrière dans le monde des agences publicitaires comme indépendante, puis a successivement occupé les postes de Directrice de création et de Directrice des stratégies digitales en Suisse romande, avant d’ouvrir sa propre agence en gestion de marques et branding, Blackswan et alineisoz.ch, un service d'accompagnement à la transformation digitale des RH, notamment. 

Nominée en 2015 pour le prix de la « Femme digitale de l’année » au Meilleur du Web, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris en mars 2016 ; elle consacre depuis une série de portraits aux femmes suisses du numérique dans Le Temps, après avoir tenu pendant 5 ans une chronique dans le magazine Bilan.

Membre de l’ACAD, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant qu’experte. 

En 2016, elle est devenue membre du comité du Cercle suisse des administratrices, membre d’une commission pour Vigiswiss et a rejoint le conseil consultatif de la société aequivalent, de même que le conseil d’administration de la société Globaz SA.

De nationalité suisse, Aline Isoz parle français, allemand et anglais et elle a suivi des formations sur le Business Model Canvas Generation, sur l’intelligence économique et la veille stratégique, ainsi que sur les ressources humaines. 

samedi 27 octobre 2012

A la recherche de mon temps perdu


Ainsi pourrait commencer mon voyage en terres chaux-de-fonnières : il était une fois… Car arriver à la Chaux-de-Fonds, c’est comme participer à l’émission « Retour en terre inconnue », un voyage dans le temps, mais aussi la découverte de gens pas comme les autres, les derniers irréductibles, peut-être…

Tout cela a commencé par une mystérieuse missive, envoyée depuis un célèbre réseau social : quelqu’un me proposait de me rendre à la Chaux-de-Fonds le temps d’un week-end et de témoigner à mon retour, sur mon blog, de mon « aventure ». Après quelques vérifications pour m’assurer qu’il ne s’agissait pas d’un canular, nous avons pris contact et élaboré les étapes du périple. J’arrête tout de suite les malpensants : totale liberté de ton et de contenu m’était donnée, nulle rémunération à la clé, si ce n’est le plaisir de découvrir la ville, quelques bonnes adresses, et une nuit dans un hôtel au nom déjà intriguant : Les Endroits. Une expérience qui ne se refuse pas...

Ainsi, chargée de mon stylo, de mon bloc de feuille (mais oui, vous savez, ce truc qui ne réagit pas quand on passe l’index dessus !) et de mon impartialité, je me rendai donc sur place, non sans avoir la sensation, en chemin, d’être une sorte de Colomb 2.0 partant à la conquête d’espaces vierges à raconter…  Pour plus d’immersion, à peine arrivée et chaleureusement reçue par le personnel de ce qui allait être mon point de chute pendant 48 heures, je décidai d’abandonner là mon destrier urbain à quatre roues pour explorer les transports urbains locaux. Histoire de faire d’emblée connaissance avec la ville, j’étais reçue à l’Espace de l’Urbanisme Horloger pour y visionner un film d’introduction à l’Histoire de ma désormais terre d’adoption. Très vite, je compris que la Chaux-de-Fonds avait décidé de me sortir le grand jeu, et, très vite aussi, que j’avais décidé de me laisser séduire… Ainsi, il fût fait.

Je pourrais vous parler des merveilles architecturales de la ville, à commencer par son système en damier si particulier ; vous expliquer qu’elle a été conçue autour de la valorisation  de sa première richesse: une luminosité particulière, cinglante, qui traverse les fenêtres pour mieux éclairer les plus petites pièces d’horlogerie; vous dire que si les habitations, elles, ont la particularité d’être séparées par de larges routes, c’était originellement afin d’assurer un dénneigement rapide, et permettre ainsi aux artisans horlogers d’aller chercher et amener leurs pièces sans délai. Une ville réfléchie, une ville intelligente, une ville au mécanisme aussi précis que ses célèbres garde-temps.

Je pourrais vous conter l’histoire d’une population issue de la paysannerie qui occupait ses hivers en réparant des montres en tous genres, et qui a développé un savoir-faire en transformant les contraintes de son environnement en avantages uniques ; des gens simples qui gardaient le bétail à la belle saison et le Temps le froid venu; vous raconter que cette même population s’est soulevée en 1848 contre une monarchie, et que là-bas, on est engagé par vocation, pas par défi, un esprit encore palpable; que si les nantis y côtoiaient sans heurts toutes les couches sociales, cela provient de la prise de conscience de la complémentarité entre ceux qui possédaient le savoir-faire et ceux qui oeuvraient pour le faire savoir. Des gens droits, des gens inventifs, des gens à la complexité aussi surprenante que les garde-temps qu’ils créent.

Je pourrais évoquer Le Corbusier et ses œuvres qui ornent les flancs de la ville ou le Cinéma Scala; cet « enfant » de la région reconnu à travers le monde mais qui n’a jamais été chez lui « chez lui » ; vous raconter comment son Mentor, L’Eplattenier, a conçu un Art Nouveau propre à la région ; que s’il l’a baptisé le style « Sapin» s’est parce qu’inspiré par le décor de sa ville nichée au milieu des forêts, il était amoureux de ce paysage ; qu’il a élevé à la gloire de son art un Crématorium splendide, sublimant la mort elle-même à renfort de poésie et de majestuosité ; vous dire l’inscription qui surplombe le visiteur lorsqu’il fait le tour de la bâtisse et qui résonne comme un appel aux vivants ; je pourrais vous parler des couloirs cachés derrière les lourdes portes de bois des maisons, teintés de faux marbre et décorés de vues de toute la Suisse, vestiges d’une époque où l’on voyageait à travers des tableaux plutôt que des photos. Des Artistes exilés, des Artistes chéris, des Artistes, tout simplement.


Je pourrais aussi vous emmener voir le Carillon, objet fantasque, quasi burlesque, tout en couleurs et en sons, qui donnent l’heure à une ville entièrement dédiée au temps, mais sur laquelle le temps semble n’avoir aucune emprise ; vous pourriez vous asseoir sur les marches qui le bordent et vous interroger un instant sur le cerveau humain, capable d’accoucher de choses aussi insolitement utiles ; vous iriez visiter le Musée Internationale de l’Horlogerie pour mieux comprendre comment la rigueur et la créativité ont donné naissance à de véritables chefs-d’œuvre de précision et d’imagination et réaliser que du haut des aiguilles du temps, des siècles de recherches nous contemplent; vous pourriez aller découvrir la Grande Fontaine et ses 12 tortues dont la raison d’être vous sera transmise par ceux qui connaissent son secret et vous le confieront peut-être, si vous savez les faire parler; vous faire peur dans une Maison Fantôme aux milliers de figurines perturbées et perturbantes, tenue par un personnage aussi étrange que chaleureux, fan de série Z, de belles femmes et de discussions enthousiastes…

Je pourrais vous entraîner au Festival de la Plage des Six Pompes, flâner au milieu des artistes évoluant entre humour et magie ; vous pourriez y découvrir que même ce Festival a vu le jour sous le signe de l’Horlogerie, dédié qu’il était à offrir - aux habitants de la ville qui n’avaient pas les moyens de se rendre à l’étranger – un voyage insolite aux chaux-de-fonniers pendant les vacances horlogères ; en passant, nous pourrions aller dans la Cave à Jazz du Café de Paris, un restaurant aux couleurs du passé mais à la musique intérieure contemporaine, juste pour en apprécier les vieilles pierres en même temps que l’acoustique exceptionnelle ; nous irions siroter un verre, sur une terrasse, quelque part entre deux rues au nom exotique, rappel d’une pièce d’horlogerie, de rêves d’avenir ou des héros du passé ; nous entraperçevrions peut-être dans un atelier laissé à l’abandon les fantômes des ouvriers d’autrefois, affairés à leur établi désormais disparu, mais dont le vent emporte le cliquetis des outils jusqu’aux oreilles attentives...

Avec tout ça, je pourrais déjà vous inciter à venir y passer quelques jours, à l’occasion de la célébration du 125ème anniversaire de la naissance du Corbusier, d’un week-end en amoureux, d’un moment loin de l’agitation de la ville, mais avec tout de la ville à disposition. Vous ne seriez assurément pas déçu de votre escapade, rien qu’avec tout ce que la Chaux-de-Fonds vous donnerait d’elle sans que vous n’ayez à le demander.

Et pourtant… il y a des choses qui ne se racontent pas : l’atmosphère des bâtiments qui, si vous y regardez bien, vous permettent encore de voir les ouvriers d’autrefois à l’ouvrage ; les chevaux du siècle dernier, équipés de triangles et longeant les rues afin d’enlever le surplus de neige ; les enfants jouant dans les rues pour profiter de l’or blanc ; les horlogers s’activant avec leur valise à la main, traversant le pays, les continents, afin de faire la promotion de leurs plus belles pièces et assurer la réputation des grands noms chaux-de-fonniers ; les odeurs presque palpables de l’Ancien Manège surplombant la ville, abritant les fantômes des cavaliers émérites ou amateurs ; la vue majestueuse embrassant la mécanique urbaine depuis la tour sise à l’Espacité ; le sentiment de plénitude devant la fresque en mosaïque de l’Eplattenier consacrée au Triompe de la Vie sur la Mort au Crématorium; la chaleur du sourire des chaux-de-fonniers, le soleil de leur générosité ; les attentions d’un guide pas comme les autres, la passion d’un restaurateur de montres tourné vers l’avenir, la gentillesse d’une serveuse dans un hôtel bucolique …

J’aurais pu essayer de mettre des mots sur chaque émotion ressentie pendant mon périple de 24 heures qui s’est achevé par un arrêt à la Vue-des-Alpes, mais ça n’aurait pas été à la mesure de ce que la Ville m’a offert… Parce que, la Chaux-de-Fonds, c’est avant tout un état d’esprit.

Et qu’un état d’esprit, ça ne se raconte pas : ça se vit.

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